Tracer des frontières à Djibouti

Hommes et territoires aux XIXe et XXe siècles - Corpus de textes


2 février 1888 - Note française sur les frontières dans le golfe de Tadjoura
Son Excellence, M. Waddington, Ambassadeur de la République française à Londres
à SS le marquis de Salisbury, Principal secrétaire d’Etat de la Reine au département des Affaires étrangères

Londres, le 2 février 1888

Le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de S.M. britannique étant désireux d’arriver à un accord relativement à leurs droits respectifs dans le golfe de Tadjourah et sur la côte Somali, j’ai eu l’honneur d’entretenir V. Seigneurerie à plusieurs reprises de cette question. Après un échange amical de vues, nous sommes tombés d’accord hier sur les arrangements suivants :
1 - Les protectorats exercés ou à exercer par le France et la Grande-Bretagne seront séparés par une ligne droite partant d’un point de la côte situé en face des puits d’Hadou, et dirigée sur Abassouën en passant à travers les dits puits; d’Abassouën, la ligne suivra le chemin des caravanes jusqu’à Bia-Kabouba, et de ce dernier point, elle suivra la route des caravanes de Zeila à Harrar, passant par Gildessa. Il est expressément convenu que l’usage des puits d’Hadou sera commun aux deux parties.
2 - Le Gouvernement de S.M. britannique reconnaît le protectorat de la France sur la côte du golfe de Tadjourah, y compris le groupe des îles Muchah et l’ilot de Bab, situés dans le golfe, ainsi que sur les habitants, les tribus et les fractions de tribus situés à l’ouest de la ligne ci-dessus indiquée.
Le Gouvernement de la République française reconnaît le protectorat de la Grande-Bretagne sur le côte à l’est de la ligne ci-dessus jusqu’à Bender Ziadeh, ainsi que sur les habitants, les tribus et les fractions de tribus situés à est de la même ligne.
3 - Les deux Gouvernements s’interdisent d’exercer aucune action ou intervention, le Gouvernement de la République à est de la ligne ci-dessus, le Gouvernement de S.M. britannique à ouest de la même ligne.
4 - Les deux Gouvernements s’engagent à ne pas chercher à annexer le Harrar ou à le placer sous leur protectorat. En prenant cet engagement, les deux Gouvernements ne renoncent pas au droit de s’opposer à ce que toute autre puissance acquière ou s’arroge des droits quelconques sur le Harrar.
5 - Il est expressément entendu que la route des caravanes de Zeilah à Harrar, passant par Gildessa, restera ouverte dans toute son étendue au commerce des deux nations, ainsi que des indigènes.
6 - Les deux Gouvernements s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher le commerce des esclaves, et l’importation de la poudre et des armes dans les territoires soumis à leur autorité.
7 - Le Gouvernement de S.M. britannique s’engage à traiter avec bienveillance les personnes, soit chefs, soit membres de tribus placées désormais sous son protectorat, qui avaient précédemment adopté le protectorat français. Réciproquement, le Gouvernement de la République prend le même engagement relativement aux tribus placées désormais sous son protectorat.
En m’accusant réception de la présente note, je serais reconnaissant à V.S. si Elle voulait bien constater officiellement l’accord que nous avons conclu au nom de nos Gouvernements respectifs.
Référence ANOM, Affaires politiques 128/6
Pour citer ce document djibouti.frontafrique.org/?doc41, mis en ligne le 19 octobre 2010, dernière modification le 19 octobre 2010, consulté le 18 octobre 2017.

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